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Comment micro-graduer nos objectifs d’interventions et quelques idées

Originalement paru sur Au bout du museau

Suite aux évaluations d’orthophonie, en ergothérapie ou de neuro-psychiatre, il nous revient de proposer la prise en charge thérapeutique en zoothérapie sur le long terme, basée sur les résultats et recommandations des autres professionnels. L’atteinte des buts sur le long terme est bien souvent assez évidente à concevoir. Cependant, micro-graduer ces grands objectifs est parfois chose moins aisée.

Je propose de vous donner quelques exemples de micro-graduation de grands objectifs, pour vous assurer que votre patient est en situation de réussite, que chaque étape respectera le niveau de difficulté attendu, que les compétences pré-requises nécessaires à l’atteinte des objectifs sont acquises, puis cela vous permettra d’amener votre patient à l’atteinte du grand objectif sélectionné.

Enfant de 4 ans et demi, objectif : augmenter le nombre de mots du vocabulaire et allonger les phrases. 

Vous devez savoir qu’un enfant de cet âge devrait (en moyenne) avoir un vocabulaire d’environ 2000 mots et en général, savoir faire des phrases à 5-6 mots.  Vous pouvez donc vous attendre à avoir devant vous un enfant dont les phrases sont plus courtes et dont les même mots sont souvent ré-utilisés, avec un nombre assez pauvre de qualificatifs. Il vous faudra d’abord valider le nombre de mots que contiennent ses phrases courantes, en spontané.

De simples activités de routines vous permettent aisément de vérifier le tout. Aidés de support visuel, en bout de parcours (par exemple à la sortir du tunnel avec le chien), faites piger un picto dans le sac à dos du chien.

Une belle pomme rouge dans une boite bleue.

Demandez à l’enfant de vous décrire ce qu’il voit. Réponse : une pomme rouge ou une pomme et une boite.

En demandant d’ajouter plus de détails (et en donnant un exemple verbal de ce qui est attendu), ici par exemple : une pomme rouge, petite, dans une grosse boite bleue (ok, ça fait beaucoup là!). Pour chaque ajout de qualificatif, l’enfant pourra lancer la balle au chien ou ajouter le nombre de gâteries à donner selon le nombre de réponses données. Stimulante et amusante, cette méthode fonctionne très rapidement.

Également, si la connaissance de ces mots est peut-être en cause, vous pouvez suggérer quelques réponses possibles et l’enfant choisit celle qu’il préfère. Sachez que pour cette âge, il est normal que les mots avec gr, tr, pl, cl (contraction de consonnes) soient encore difficiles. Concentrez-vous sur l’objectif qui est ici d’augmenter le vocabulaire et le nombre de mots dans les phrases. Vous devrez peut-être valider ses connaissances des concepts comme petit/grand, rond, long, les couleurs, les formes, etc. Ce sont des connaissances essentielles à acquérir avant de jouer avec elles dans des phrases.

Autre truc qui fonctionne hyper bien : donner en visuel le nombre de réponses attendues des descriptions à faire. Je m’explique…

Photo : Au bout du museau

Le picto choisi va dans l’encadré au haut du carton. Toujours mon exemple de pomme rouge dans une boite bleue. Les ronds noirs sont le nombre de réponses demandées pour la construction de la phrase. L’enfant pousse/touche chaque rond noir lorsqu’il dit les mots de sa phrase, ou encore y dépose une gâterie pour l’animal présent (ou un morceau de salade, etc). J’ai fait imprimer ce carton en hyper grand et je l’ai collé au mur ; ça rend le tout encore plus ludique et ça permet de bouger encore plus.

En micro-graduant avec les concepts dedans/dessus, gros/petit vous vous assurez que l’enfant maîtrise bien ces notions pour les utiliser ensuite dans des phrases plus longues, et en augmentant le nombre de réponses attendues dans la phrase à construire, vous vous assurez que l’enfant augmente la longueur de ses phrases en devant utiliser plus de mots de vocabulaire. En variant les pictos, en ajoutant des images/objets inconnus, l’enfant développera de nouveaux mots.

Enfant avec une trisomie 21, objectifs :  motricité globale et fine

Parce que les enfants atteints d’une trisomie ont souvent de gros défis liés à la motricité globale et fine (souvent les mains et les doigts plus courts), il n’est pas rare de les voir arriver avec ces objectifs travaillés en ergothérapie. Il sera intéressant de poursuivre ces objectifs en zoothérapie. Bien que la plupart de nos interventions travaillent d’hors et déjà la motricité globale, une attention particulière devra être portée pour la trisomie 21. Reportez-vous à l’évaluation d’ergothérapie pour savoir où se situe l’enfant dans son développement, pour bien cibler ou amorcer le travail selon ses capacités actuelles et selon ce que l’ergothérapeute a jugé prioritaire au dossier.

Il sera important de porter une grande attention à la sécurité de l’enfant, tant dans les manipulations des animaux que lors des parcours, puisqu’ils ont une diminution importante dans leur traitement sensoriel à leur environnement, ce qui peut les mettre en situations de danger ou de maladresse importantes. Gardez en tête lors de vos planifications d’intervention, que chaque activité doit inclure du sensoriel, du moteur et du développement cognitif.

Parcours multi-multi

Ce n’est pas tous les zoothérapeutes qui possèdent ce genre de matériel, mais si vous désirez vous orienter vers cette clientèle, il sera nécessaire, à mon humble avis. Je vous présente quelques outils que j’intègre dans mon parcours multi-multi et leur usage.

Coquilles d’équilibre Bilibo, les pierres de rivière, le hérisson d’équilibre, différents élastiques de résistance, différentes plaques tactiles, petits et grands tunnels avec couleurs et textures différentes, trampoline, grosse pince pour ramasser des balles ou autres objets, etc.

Entre chaque étape du parcours, je demande à l’enfant (qui est aidé par des images) soit de produire ou de reproduire un son, d’imiter un mouvement, de pairer deux images qui ont un lien entre elles, de faire X nombre de sauts, plus loin, de faire des sauts sur un seul pied, ou de se faire tourner dans la coquille d’équilibre X nombre de fois.

Les grosses pinces, souvent en forme d’animaux, permettent de renforcer les muscles des mains et du pouce, et rend le transport de balles ou d’objets plus ludique. Peu importe l’animal choisi, vous trouverez comment l’intégrer dans ce genre de parcours. Je mets également parfois un court extrait de musique pendant lequel l’enfant va faire des bisous au lapin qui, pendant le temps de notre parcours au sol, fait lui aussi son parcours sur la table ou en parallèle.

Ou parfois c’est le lapin qui, faisant son propre parcours, nous indique par quelle étape commencer. Bien entendu, vous devez avoir désensibilisé votre chien avant de lui faire faire ce genre de parcours. J’aime également intégrer quelques instruments de musique dans un bac lors d’une des étapes, et rouler des dés pour savoir combien de coups de tambour il faut donner avant de passer à la prochaine étape. X coups de tambour ; X caresses au chien pour l’encourager à poursuivre lui aussi.

Lorsque vous devez graduer ce genre de parcours, pensez à commencer par une seule de ces sections, à bien présenter ce que l’objet du parcours peut offrir comme possibilités. Laissez l’enfant explorer avec l’objet également, vous pourriez être surpris de leur grande créativité. Conseil : assurez-vous que les objets tiennent bien en place, selon l’âge du petit. Ils auront tendance à voler de part et d’autres si vous ne vous en êtes pas assuré auparavant. Toujours penser à la sécurité de votre animal.

Ensuite, lorsque les apprentissages des diverses étapes du parcours multi-multi seront acquis, il sera possible de permettre à l’enfant de choisir lui-même l’ordre du parcours, ou quelle partie il souhaite faire en activité récompense. Les tableaux de communication s’y prêtent également très bien, les ergothérapeutes ayant déjà mis les pictos de bon nombre de ce genre d’activités.

Comme ce genre de parcours est exigeant pour l’enfant, au départ, pensez à mettre des défis que l’enfant pourra aisément réaliser entre les sections du parcours. Lorsque vous augmentez la difficulté des défis à faire, pensez à garder le parcours connu. Lorsque les défis seront plus faciles pour lui, vous pourrez augmenter la demande sensorielle et motrice du parcours.

Jeune, 9 ans, objectifs : organisation spatiale, consignes complexes et compétences visuelles perceptuelles

Des images de chat sont installées au mur, nous intervenons avec Mimi mon chat. Des images telles que : Mimi à la fenêtre, sur son tapis, avec son jouet de souris et avec un bébé chat toutou. Des objets connus du jeune, il les a déjà vus en intervention.

Ces images sont grand format et collées au mur, et l’enfant, aidé d’un pointeur, devra les pointer dans l’ordre de la séquence que je lui demande.

Les séquences/défis sont représentés comme suit, voir l’image.

En sautant sur le mini trampoline, il doit mémoriser la séquence visuelle demandée, retenir ce qui vient en  #1, en #2, etc. Il devra les pointer dans le bon ordre. Le chat devra écouter et taper l’image pointée. Je m’assure de gérer le clicker pour indiquer à Mimi que c’est ce que je demandais (le jeune en a déjà plein son assiette avec cela!).

Comme ce défi représente beaucoup de travail en une exécution, pensez à le faire sans le trampoline au départ. Vous pourrez l’ajouter lorsque le jeune aura maîtrisé l’étape précédente. Également, 4 étapes, c’est très complexe… essayez avec 2 au début. Faites plusieurs mélanges d’images.

Le jeune doit développer une méthode de balayage visuel pour parvenir à être efficace et ordonné dans sa recherche visuelle de réponses. Essentielle en scolaire. Développez également la discrimination visuelle. Donnez-lui une méthode simple, toujours faire un tour complet sur soi, de sorte à voir tous les murs pour s’assurer de voir toutes les images collées au mur.

Être capable de suivre des consignes verbales complexes, pour le diriger dans son organisation spatiale, peut également être un grand défi. Si vous donnez comme consigne de pointer en séquence (comme l’image et exemple précédents), ne donnez pas de consignes verbales en plus!  Cela rendrait le défi trop difficile. C’est un défi complexe de séquence ou un défi complexe en verbal, pas les deux, ou du moins, pas au début.

Pour la mémoire séquentielle, vous pouvez observer longuement les images que vous collerez au mur, les poser en ordre sur la table ou au sol, et le jeune doit les mémoriser, de sorte que si vous en retirez une, il saura s’il s’agit du chat à la fenêtre ou du chat avec son toutou. Il sera plus facile par la suite, une fois les images au mur, de mémoriser des séquences à plusieurs localités dans l’espace. Toujours penser à prendre 2-3 images au départ, pas plus.

En résumé, bien connaître les acquis nécessaires à l’accomplissement d’une tâche rendra vos interventions profitables. Vous saurez déjà ce que le jeune a besoin de savoir pour passer à l’étape suivante. Ce n’est pas acquis? Parfait! Vous savez ce sur quoi il faut plancher en premier lieu. Il n’y a pas de petites victoires.

Également, vivez l’espace au complet, utilisez les murs, le mobilier, les dessous de table, les fenêtres pour permettre au jeune de réellement s’amuser et de comprendre totalement son environnement, ainsi que de généraliser les apprentissages, c’est la clef!

N’oubliez pas, dans vos grands élans de créativité et d’excitation (je connais le feeling, mettons!) de toujours faire un travail en amont avec votre animal, partenaire d’intervention. La désensibilisation ne s’arrête pas à l’adolescence de votre animal, non! C’est un travail de chaque jour.

J’en parle souvent, c’est aussi valable pour les objectifs que pour vous, les baby steps ont réponse à tout. Toujours vous demander, est-ce la plus petite étape suivante? Vous pourrez valoriser chaque victoires, les renfos auront l’effet de motiver et d’encourager votre jeune et les étapes suivantes seront vues comme positives et non plus comme un défi insurmontable.

Bonne planification de vos objectifs, j’espère que ces quelques exemples ont pu vous être utiles! N’hésitez pas si vous bloquez sur un objectif, écrivez-moi et nous tenterons de brainstormer ensemble!

Zoothérapeutiquement vôtre!

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